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Les animaux et le Spiritisme
Le monde animal nous parait si proche et pourtant si lointain de notre humanité. Certes, on se demande parfois, aux vues des faits qui nous sont rapportés si l'animal ne surpasse pas l'homme en intelligence et en sentiment. Essayons d'y voir plus clair. Allan Kardec nous dit : "Au physique, l'homme est comme les animaux, et moins bien pourvu que beaucoup d'entre eux ; la nature leur a donné tout ce que l'homme est obligé d'inventer avec son intelligence pour ses besoins et sa conservation ; son corps se détruit comme celui des animaux, c'est vrai, mais son Esprit a une destinée que lui seul peut comprendre, parce que lui seul est complètement libre." Bien, donc l'homme est semblable en nature par le physique et non par l'Esprit, mais pouvons-nous parler d'instinct ou d'intelligence ? "Outre l'instinct, on ne saurait dénier à certains animaux des actes combinés qui dénotent une volonté d'agir dans un sens déterminé et selon les circonstances. Il y a donc en eux une sorte d'intelligence, mais dont l'exercice est plus exclusivement concentré sur les moyens de satisfaire leurs besoins physiques et de pourvoir à leur conservation" Pour illustrer ces propos, citons Raoul Montandon, et plus particulièrement un extrait de son ouvrage De la bête à l'homme : "Rentrant chez lui, son travail terminé, un mineur de Cardiff aperçoit soudain sur le sentier qu'il suit, deux rats cheminant tranquillement, côte à côte, un fétu de paille tendu entre leurs deux mâchoires. Avec le bâton, dont il était porteur, il assomme l'une des bestioles. Mais à sa grande surprise, l'autre rongeur, tenant toujours le fétu de paille entre les dents, au lieu de prendre la fuite, reste sur place, l'air désemparé. Sa curiosité éveillée, le mineur se saisit de l'animal si peu farouche et constate qu'il s'agissait d'un rat aveugle qui, sans son guide à quatre pattes, était incapable de poursuivre son chemin " Il est un fait acquis, aux vues des nombreuses expériences scientifiques, qu'il n'est plus à démonter que les animaux ont un langage, qui d'ailleurs, pour certains, n'a pas pu être encore décodé. On pourrait donc se demander s'ils possèdent une certaine latitude dans le choix de leurs actions. "… leur liberté d'action est bornée à leurs besoins, et ne peut se comparer à celle de l'homme. Etant de beaucoup inférieurs à lui, ils n'ont pas les mêmes devoirs. Leur liberté est restreinte aux actes de la vie matérielle."
Nous sommes alors en droit de nous poser la question, les animaux qui possèdent une forme d'intelligence, un type de langage et une relative liberté d'action, ont-ils en eux un principe indépendant de la matière ? La réponse de Kardec est très claire à ce sujet : "Oui et qui survit au corps. C'est aussi une âme, si vous voulez ; cela dépend du sens que l'on attache à ce mot ; mais elle est inférieure à celle de l'homme. Il y a entre l'âme des animaux et celle de l'homme autant de distance qu'entre l'âme de l'homme et Dieu." Cette âme, après la mort conserve son individualité, mais pas la conscience de son moi, car la vie reste à l'état latent. Elle n'aura pas le choix de sa future incarnation, elle doit suivre l'évolution progressive." L'Esprit de l'animal est classé après sa mort par les Esprits que cela concerne, et presque aussitôt utilisé ; il n'a pas le loisir de se mettre en rapport avec d'autres créatures." Mais alors, puisque principe indépendant il y a, l'Esprit qui a animé un corps d'homme peut-il s'incarner dans celui d'un animal : "Ce serait rétrograder, et l'Esprit ne rétrograde pas. Le fleuve ne remonte pas à sa source." La métempsycose est donc une idée erronée. Retournons auprès de Raoul Montandon et observons. Les animaux sont dotés de facultés qui parfois nous laissent dubitatifs quant à leur pouvoir sensitif. Il est clair qu'ils perçoivent certains événements alors que nos sens restent muets. La veille de la catastrophe de Fourvière, à Lyon, alors que de nombreux immeubles situés au bas de la colline furent ensevelis sous un éboulement, des chevaux donnant tous les signes de la terreur refusèrent absolument de pénétrer dans leur écurie, à telle enseigne qu'on dut les conduire ailleurs. Quelques instants avant l'éboulement de la colline, un chat qui aimait beaucoup son maître, l'attira hors de son logis en s'accrochant à lui, et en fuyant, tour à tour ; c'est ainsi qu'il lui sauva la vie. De même, la mort imminente d'une personne affecte certains animaux qui comme un pressentiment se manifestent par une attitude particulière : "Monsieur Marcel Mangin, peintre et psychiste, mort en 1915, possédait un chien, doué de la faculté de pressentir la mort des personnes de la famille. Avant même que la maladie ne vînt donner des inquiétudes à l'entourage, la bête se mettait à hurler de façon étrange, si bien qu'on avait fini par remarquer la chose et par s'en effrayer. M. Mangin est mort subitement d'une embolie. Or, le jour précédent, alors que rien ne faisait prévoir pour l'artiste une fin si proche, le chien se mit à hurler de la façon significative. Que veut dire cette vilaine bête, se demandèrent M. et Mme Mangin ? Le lendemain, le peintre était mort." De multiples témoignages nous rapportent le comportement anormal d'animaux comme s'ils se trouvaient en présence d'êtres fluidiques, que leur origine soit humaine ou animale. Parfois ce n'est que l'animal qui les perçoit : "Il y a quelques années, relate M. W.-H. Tody, ma femme et moi, passâmes un jour tout près d'un vieil arbre, à proximité d'un cimetière. Cet arbre avait l'air bizarre, ayant très peu de branches. Le cheval monté par ma femme sembla prendre peur à la vue de cet arbre. Il fit un violent écart, alors que mon propre cheval se montrait de plus en plus excité. Il nous fut impossible de passer auprès de cet arbre, et nous fûmes obligés de faire un assez long détour. A quelque temps de là , je racontai ce manège étrange à un ami qui me dit : "Tiens, mais c'est l'arbre auquel X. s'est pendu." Mme François Collier possédait un terrier qu'elle adorait qui mourut, écrasé par une automobile. Le soir de l'accident, sa maîtresse pleurait au coin du feu avec son mari. Soudain, ils entendirent un aboiement sourd sous une des chaises et le chat, qui avait été très jaloux du chien et ne voulait jamais rester auprès de lui, sauta sur la chaise, le poil hérissé, puis quitta précipitamment la chambre. Immédiatement après la mort de notre petit chien préféré, notre chat fit des recherches dans toute la maison et montra très visiblement sa joie d'être à nouveau seul en possession du domaine. Mais après quinze jours, le chat se conduisit exactement comme si le chien était revenu. Il regardait de tous côtés pendant qu'il mangeait pour voir si le chien l'observait (j'avais appris au chien d'attendre que le chat eut fini). Il rôdait constamment autour des endroits qu'occupait le chien, en miaulant de façon bizarre et, le plus remarquable de tout, il restait sous la petite table à servir le thé, où il avait pris l'habitude de se réfugier quand le petit chien était par trop exubérant. Parfois l'animal perçoit en même temps que l'homme : "Voilà un phénomène dont toute notre famille fut témoin. C'était à Saint-Pétersbourg, en 1880, lorsque nous demeurions rue Pouch-Karska. Par une soirée du mois de mai, vers les six heures, ma mère se trouvait au salon avec ses cinq enfants, dont j'étais l'aîné (j'avais alors seize ans). Un ancien serviteur de la maison, qu'on traitait en ami, était venu nous voir et était engagé dans une conversation avec ma mère. Tout à coup, les ébats joyeux des enfants s'arrêtèrent, et l'attention générale se porta vers notre chien Moustache, qui s'était précipité en aboyant avec fureur, vers le poêle. Involontairement, nous regardâmes tous dans la même direction et nous vîmes, sur la corniche du grand poêle en carreaux de faïence, un petit garçon de dix ans à peu près, en chemise. Dans ce garçon, nous reconnûmes le fils de notre laitière, André, qui venait chez nous souvent avec sa mère pour jouer avec les enfants. Ils vivaient tout près de nous. L'apparition se détacha du poêle, passa au-dessus de nous tous, et disparut par la croisée ouverte. Pendant tout ce temps - une quinzaine de secondes à peu près - le chien ne cessait d'aboyer de toutes ses forces, et courait, aboyait en suivant le mouvement de l'apparition. Le même jour, un peu plus tard, notre laitière vint chez nous et nous fit part que son fils André, après une maladie de quelques jours, venait de mourir ; c'était probablement au moment où nous le vîmes apparaître. Signé : Daniel Amosof, Marie Téléchof et Kouzema Petrof." Devant ces manifestations hors du commun, il nous vient à penser que, peut-être, certains animaux seraient en possession de facultés médiumniques. Posons cette question à Eraste, Esprit dont on connaît la profondeur et la sagacité. "D'abord, convenons bien de nos faits. Qu'est-ce qu'un médium ? C'est l'être, c'est l'individu qui sert de trait d'union aux Esprits, pour que ceux-ci puissent se communiquer avec facilité aux hommes : Esprits incarnés. Par conséquent, sans médium, point de communications tangibles, mentales, scriptives, physiques, ni de quelque sorte que ce soit. Il est un principe qui, j'en suis sûr, est admis par tous les spirites : c'est que les semblables agissent avec leurs semblables et comme leurs semblables. Or, quels sont les semblables des Esprits, sinon les Esprits incarnés ou non. Faut-il vous le répéter sans cesse ? Eh bien ! je vous le répéterai encore : votre périsprit et le nôtre sont puisés dans le même milieu, sont d'une nature identique, sont semblables, en un mot ; ils possèdent une propriété d'assimilation plus ou moins développée, d'aimantation plus ou moins vigoureuse, qui nous permet, Esprits et incarnés, de nous mettre très promptement et très facilement en rapport. Enfin, ce qui appartient en propre aux médiums, ce qui est de l'essence même de leur individualité, c'est une affinité spéciale, et en même temps une force d'expansion particulière qui anéantissent en eux toute réfractibilité, et établissent entre eux et nous une sorte de courant, une espèce de fusion qui facilite nos communications. C'est, du reste, cette réfractibilité de la matière qui s'oppose au développement de la médianimité chez la plupart de ceux qui ne sont pas médiums." Quant au progrès dans le monde animal : "Le chien, que son intelligence supérieure parmi les animaux a rendu l'ami et le commensal de l'homme, est-il perfectible de son chef et de son initiative personnelle ? Nul n'oserait le soutenir ; car le chien ne fait pas progresser le chien et celui d'entre eux qui est le mieux dressé est toujours dressé par son maître. Depuis que le monde est monde, la loutre bâtit toujours sa hutte sur les eaux, d'après les mêmes proportions et suivant une règle invariable ; les rossignols et les hirondelles n'ont jamais construit leurs nids autrement que leurs pères ne l'avaient fait. Un nid de moineaux d'avant le déluge, comme un nid de moineaux de l'époque moderne, est toujours un nid de moineaux, édifié dans les mêmes conditions et avec le même système d'entrelacement de brins d'herbes et de débris, recueillis au printemps à l'époque des amours. Les abeilles et les fourmis, ces petites républiques ménagères, n'ont jamais varié dans leurs habitudes d'approvisionnement, dans leurs allures, dans leurs mœurs, dans leurs productions. Enfin, l'araignée tisse toujours sa toile de la même manière." En revanche, chez l'homme : "D'un autre côté, si vous cherchez les cabanes de feuillage et les tentes des premiers âges de la terre, vous rencontrerez à leur place les palais et les châteaux de la civilisation moderne ; aux vêtements de peaux brutes ont succédé les tissus d'or et de soie ; enfin, à chaque pas vous trouvez la preuve de cette marche incessante de l'humanité vers le progrès. De ce progrès constant, invincible, irrécusable de l'espèce humaine, et de ce stationnement indéfini des autres espèces animées, concluez avec moi que s'il existe des principes communs à ce qui vit et ce qui se meut sur la terre : le souffle et la matière, il n'en est pas moins vrai que vous seuls, Esprits incarnés, êtes soumis à cette inévitable loi du progrès qui vous pousse fatalement en avant, et toujours en avant. Dieu a mis les animaux à côté de vous comme des auxiliaires pour vous nourrir, vous seconder. Il leur a donné une certaine dose d'intelligence, parce que, pour vous aider, il leur fallait comprendre, et il a proportionné leur intelligence aux services qu'ils sont appelés à rendre ; mais dans sa sagesse il n'a pas voulu qu'ils fussent soumis à la même loi du progrès ; tels ils ont été créés, tels ils sont restés et resteront jusqu'à l'extinction de leurs races." Pour corroborer les faits rapportés par Raoul Montandon, écoutons encore Eraste : "Certainement, les Esprits peuvent se rendre visibles et tangibles pour les animaux, et souvent telle frayeur subite qu'ils prennent, et qui ne vous semble pas motivée, est causée par la vue d'un ou de plusieurs de ces Esprits mal intentionnés pour les individus présents ou pour ceux à qui appartiennent ces animaux. Très souvent, vous apercevez des chevaux qui ne veulent ni avancer, ni reculer, ou qui se cabrent devant un obstacle imaginaire ; eh bien ! tenez pour certain que l'obstacle imaginaire est souvent un Esprit ou un groupe d'Esprit qui se plaît à les empêcher d'avancer. Rappelez-vous l'ânesse de Balaam, qui, voyant un ange devant elle et redoutant son épée flamboyante, s'obstinait à ne pas bouger ; c'est qu'avant de se manifester visiblement à Balaam, l'ange avait voulu se rendre visible pour l'animal seul ; mais, je le répète, nous ne médianimisons directement ni les animaux ni la matière inerte ; il nous faut toujours le concours conscient ou inconscient d'un médium humain, parce qu'il nous faut l'union de fluides similaires, ce que nous ne trouvons ni dans les animaux, ni dans la matière brute. Ceci établi, je reconnais parfaitement que chez les animaux, il existe des aptitudes diverses ; que certains sentiments, certaines passions identiques aux passions et aux sentiments humains se développent en eux ; qu'ils sont sensibles et reconnaissants, vindicatifs et haineux, suivant que l'on agit bien ou mal avec eux. C'est que Dieu, qui ne fait rien d'incomplet, a donné aux animaux, compagnons ou serviteurs de l'homme, des qualités de sociabilité qui manquent entièrement aux animaux sauvages qui habitent les solitudes. Mais de là à pouvoir servir d'intermédiaires pour la transmission de la pensée des Esprits, il y a un abîme : la différence des natures. Vous savez que nous puisons dans le cerveau du médium les éléments nécessaires pour donner à notre pensée une forme sensible et saisissable par vous ; c'est à l'aide des matériaux qu'il possède que le médium traduit notre pensée dans le langage vulgaire ; eh bien ! Quels éléments trouverions-nous dans le cerveau d'un animal ? Y a-t-il des mots, des nombres, des lettres, des signes quelconques similaires à ceux qui existent chez l'homme, même le moins intelligent ? Cependant, direz-vous, les animaux comprennent la pensée de l'homme ; ils la devinent même ; oui, les animaux dressés comprennent certaines pensées, mais en avez-vous jamais vu les reproduire ? Non ; concluez-en donc que les animaux ne peuvent nous servir d'interprètes. Pour me résumer : les faits médianimiques ne peuvent se manifester sans le concours conscient ou inconscient des médiums ; et ce n'est que parmi les incarnés, Esprits comme nous, que nous pouvons rencontrer ceux qui peuvent nous servir de médiums. Quant à dresser des chiens, des oiseaux, ou autres animaux, pour faire tels ou tels exercices, c'est votre affaire et non la nôtre."
Bulletin d’Association du Centre Spirite Lyonnais
Sommaire du n°33, juin 2008
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