Bonjour,
Une phrase intéressante de Jodo mais à remettre en perspective parce qu'elle est je trouve un peu trop lapidaire (c'est faux mais en fait j'ergote pour le plaisir !)
Certes la prédiction de l'avenir n'est pas une des "finalités" du Tarot ou vraisemblablement un usage qui a été pris en compte dans sa création. Il y a peu de ces usages qu'on peut nommer sans doute aucun, à part le jeu je n'en vois aucun d'évident.
Dans les faits, on se sert pourtant bien parfois du Tarot pour prédire l'avenir, parce que c'est ce que font des gens - qu'ils aient des résultats négatifs, vagues ou justes ne change finalement pas grand chose à la pratique et son existence.
Chez Jodo il s'agit clairement d'un jugement de valeur moral : qu'on sache ou non de quoi l'avenir est/pourra se composer, en faire un élément de lecture est dans son système "mal" - à cause des programmations morbide que cela entraîne/peut entraîner. Faire sienne sa phrase sur le Tarot et la prédiction de l'avenir c'est accepter cette approche morale : on ne doit pas aborder la lecture sous l'angle de ce qui s'annonce.
Je comprends que dans une certaine mesure, il s'agisse d'une précaution nécessaire : le but est de ne pas faire l'éloge des devins qui peuvent être de mauvais guides, voire des personnes en mal de domination, et de prévenir un certain aveuglement, mais cette observation est bien chez lui énoncée sur un plan moral plus que qualitatif ce qui à mon sens est problématique.
Problématique parce que "prédire l'avenir" est une activité courante, et en l'occurrence dans la pratique qu'il expose dans son bouquin ou ses lectures, Jodorowsky le fait pourtant lui aussi. Certes sa prédiction se base sur une analyse au présent (telle situation a telle issue logique potentielle), mais même en rajoutant des conditionnels, des "peut-être" et des "possiblement", on reste dans une notion de prédiction, même si la prédiction découle d'une perception du maintenant.
Tout ça pour dire que si on admet que le Tarot est un outil de lecture d'un certain aspect du présent (ou du passé), on admet aussi que c'est un outil prospectif du futur, tout comme les mesures de pression de la météo d'aujourd'hui permettent de prédire la météo de demain. De la même façon, si on admet que le Tarot peut rendre compte d'une "vibration" de l'état présent du "consultant" (je mets ici volontairement des mots que personnellement je n'aime pas trop), pourquoi ne pas admettre qu'il puisse le faire sur un état passé ou un aspect d'un état possible futur - par exemple en acceptant l'idée que l'ensemble des possibles soit infini et qu'en même temps tout ne soit pas possible. Ce qui n'implique pas qu'il faille se servir de cette possibilité.
Donc le Tarot "sert" à la divination, voyance, prédiction d'avenir, etc... en bien ou en mal, "bien fait" ou "mal fait", cela dépend surtout des acteurs.
Reste que plutôt qu'un jugement moral un jugement qualitatif sur la "prédiction d'avenir" me semble de rigueur. Le Tarot sert à ce qu'on en fait, ou plutôt on se sert du Tarot ( on ne le sert hélas pas beaucoup ), et sans doute le dessert-on quand on en fait un outil de "prédiction d'avenir", comme on dessert tout ce qu'on appellera "divination", "voyance", ou même "interprétation du Tarot".
Le mot "divination" en particulier ne se résume pas à "vision d'avenir", personne n'est obligé de dire qu'il fait de la "divination", certes aujourd'hui
divinatio a d'abord le sens de "l'art de deviner l'avenir", devant celui de
prophetia, ce pourquoi des gens éclairées préfèrent parler de
μαντεία/mancie.
Je suis bien d'accord avec toi LucA quand tu parles du choix des mots qu'on emploie. Pour ce qui est du cadre d'une interprétation du Tarot - "consultation" est justement un mot aujourd'hui assez chargé, tout comme "consultant" qui se réfère à une certaine tradition dans la lecture du Tarot (c'est Etteila qui l'a popularisé sur ses cartes il me semble ?). Difficile à remplacer autrement que par une lourde périphrase, mais
la personne qui pose la question par exemple me paraît beaucoup plus neutre que
consultant.
Enfin sur le point
Citation:
Ce n'est pas le "futur" qui influence le Tarot, c'est le consultant ! (donc passé et présent)
personnellement j'aime à croire que personne n'influence le Tarot : on n'influence pas un miroir (et je ne remercierai jamais assez les personnes qui ont apporté cette image). Le reflet est vu par le "questionnant" (un mot historiquement chargé aussi mais moins polysémique que "consultant"), et dans une autre perspective par la personne qui en fait l'interprétation. Cette perspective particulière, comme face à un miroir, donne à l'interprète du Tarot la possibilité de voir des choses hors de portée du questionnant, des choses qui traînent derrière lui pour le passé, mais aussi des choses qui sont actuellement hors de son champ de vision, présent ou présages.
"Donc" passé oui, présent aussi, mais le futur n'est quand même pas hors du champ d'exploration.
Bertrand