Merci beaucoup P'tite Lola,
Tes propos m'aident à y voir plus clair...
Je l'ai croisé un instant, dans la fulgurance de deux percussions de coeur...J'ai lu à nouveau le trouble dans ses yeux, le désir ardent mélé à une étrange souffrance...Alors oui, la passion nous a saisi avec la même intensité moite mais mon âme saigne de cet Amour qui ne peut se vivre dans la plénitude et qui se contient, réduit, contraint à n'être que l'ombre de lui-même. C'est douloureux, et son regard pétri d'amertume plonge la beauté de notre volupté passée dans l'opacité des âffres de la désolation, où chaque sourire s'échoue irrémédiablement sur les récifs d'une indomptable culpabilité...Alors oui, plus rien n'existe d'autre que nos regards éperdus et aimantés hors de l'espace et du temps mais je sais la vivacité des remords qui l'étreint dès lors que l'absence succède à cette impalpable présence, où je renais à moi-même dès qu'un demi sourire, éclot à son insu et infidèle à lui même, lui caresse le visage alors que les anges feignent eux-même de ne rien savoir du plaisir amer qui tue en nous l'imperturbable innocence. Il a ce visage d'Homme-Enfant qui le rend si indestructible et si vulnérable à la fois, il a la pureté des sentiments peinte à l'encre de la foi, il a ce je ne sais quoi qui le rend si présent à l'Eternel...Il est ce Miracle du fond des Ages, où n'existe que la brume sur le sable, il est poussière floconneuse aux sommets des montagnes, il est la lave en trance joyeuse sous la glace...Qui serais-je alors pour arracher à une Autre ce fabuleux bonheur de chair et de sang ? Qui serais-je donc pour bâtir le mien sur ses cendres ? Je remercie déjà le Ciel de ces minutes inespérées et Ô combien précieuses et irremplaçables...Je remercie Dieu d'avoir permis cela. J'ai trempé mes lêvres à la fontaine interdite et son gôut lacté et irradiant d'étoiles m'accompagnera sans doute jusqu'à ce que mes cheveux se parsème de blanc...Ce souvenir grandiose reste à jamais vivant alors que nos regards peinent encore à se détourner l'un de l'autre. Je m'y replongerais en rêve, lorsque l'envie approchera assourdissant le désir de son tonitruant pas de velours...et une partie de mon coeur n'aura de cesse de lui appartenir. Je gît au vent, écorchée vive, et la pluie qui en moi ruiselle et dégorge par les plaies à Ciel entrouvert m'intime de trouver la force de déposer son répit sur l'autel de ces nuits immortelles. Je vais trouver la force d'apprivoiser cette indicible mélancolie alors j'invoque les lointaines galaxies, j'invoque l'invisible atome et la fission de mon âme avec elle-même...Que Dieu me donne la détermination de laisser l'énergie créatrice faire place nette au souvenir, je l'aime avant tout en paix avec lui-même...Que cette Femme me pardonne d'avoir vécue ce qui n'était destinée qu'à elle, que ces enfants, que j'aurais avec tant de plaisir faits miens, grandissent dans le foyer solide et épanouissant qu'ils méritent. Que cet enfant qui ère là où déambulent les enfants qui ne naîtront jamais sache qu'il a malgré tout, toutes mes pensées maternelles. Qu'il sache que je le vois, mi-moi, mi-lui...qu'il est et qu'il demeure le plus beau de tous les enfants que la Terre n'ait jamais porté. Que les larmes de cristal qui pleuvent sur mon bonheur passé érigent en tombant la flamboyante statue de sel de nos corps entrelaçés, que nos âmes s'y glissent de temps à autre en riant pour réssuciter l'ébullition de nos regards, l'extase de nos soupirs, l'abandon de nos coeurs d'enfants...Qu'à l'heure où pointe l'aurore, se revive éternellement cette seconde où la fusion spectrale fait de nous, deux êtres de Lumière, sortis du clair obscur pour briller au firmament de l'Immortelle Jeunesse...A jamais l'un à l'Autre. Je referme cette page évanescente, où mes espoirs damnés sont demeurés transparents. Mes doigts caressent les siens une dernière fois en s'éloignant...J'affronterais les Ténébres quand il sera temps et telle Orphée, j'irais chercher mon Eurydice...Quand la vie aura cessé, le temps d'un battement de cil, je le retrouverais, Chevalier du Désert, aussi énigmatique qu'au premier jour, et nous habiterons alors cette étroite statue de sel, comme on habite un immense Royaume s'étendant à perte de vue aux quatres vents...Les étoiles baisseront alors les yeux pour consacrer cette majestueuse implosion cardinale nous rendant, à chaque éclipse Eternellement présents. Je lui souhaite, à lui et aux siens, la vie que j'aurais tant voulu partager, comme en apesanteur, je leur souhaite de profiter à chaque instant de ce miraculeux bonheur. Je referme ce livre qui ne s'est pas écrit...
Je remercie le Vivant d'avoir permis que jaillisse l'inexplicable, d'avoir été le témoin de ces torrents de grâce partagée, de cette félicité incarnée, de cette béatitude sourde, aveugle et muette...
Je remercie l'Univers Entier d'avoir été simplement submergée par les flots de l'éphèmere permanence, d'avoir entrevu l'immanence dans ces instants volés...D'avoir aimé hier, là-bas. Ici et maintenant, demain et là-Haut.
Je m'en retourne et laisse enfin dans la pénombre, cette histoire...qu'elle demeure donc en paix et... à tombeau ouvert...
Merci encore P'tite Lola de m'avoir dit ce que je savais déjà...Je l'aime avant tout en paix avec lui-même...et je peux maintenant trouver la force de l'éloigner de moi, et celle plus pénible encore de m'éloigner de moi-même...Place donc à la tornade et aux arbres arrachés...Je lâche prise. Je retourne m'asseoir sur mon bout de Lune, la main sur le fourreau, plus que jamais prête au combat.
PS: Tu avais vu très juste...Il vient à l'instant de m'appeler !...et d'éroder par là-même mes belles certitudes...

Une part de moi a dû s'enfuir le temps d'écrire pour l'appeler à la rescousse ?

Le son d'une voix emplit et habite plus facilement qu'une image. Le son de sa voix à lui, allume ses yeux d'un rire aussi léger que fébrile. Les récifs tranchants ne sont pourtant jamais loin derrière, je les vois à l'horizon, tapis dans le pesant silence de tout ce qu'il n'ose me dire...Nous ne naviguerons plus bien longtemps en eaux troubles. Terre ! Terre ! Terre ! Ah ! Le sens cesse peu à peu de dériver... Je m'accroche à ce fragile radeau que tu m'as aidé à construire. Puisse-t-il faire face à la tempête qui gronde.
Amitiés Célèstes.